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Dans le cadre du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2016, Le Shadok accueillait une conférence sur « le financement du jeu vidéo » le mercredi 21 septembre animée par Estelle Dalleu.

Afin de répondre aux nombreuses questions tournant autour de ce sujet, les trois intervenants venaient de secteurs différents ce qui permettait d'aborder le débat sous plusieurs angles. De surcroît, il ne s'agissait pas de n'importe quels professionnels : Pauline Augrain
, du Fonds d’Aide au Jeu Vidéo (FAJV-CNC), Mathieu Maire du Poset, directeur général adjoint de la plateforme de financement participatif Ulule, ainsi qu'Aurélie Reveillaud, responsable du bureau Europe Créative à Strasbourg.

Chercher un financement lorsque l'on est en train de développer un jeu vidéo

Du côté de la plateforme Ulule, l'intérêt va se concentrer sur les différents stades de l'avancement de la création. L'équilibre entre l'identité de la personne ou de la structure (que ce soit un petit studio ou encore un développeur très connu) et ce qu'elle fait (la nature du projet) est un facteur primordial qui va permettre de pourvoir analyser la cohérence de l'initiative.

La somme demandée représente la première démarche dans la proposition d'un projet. Cette sélection attire environ 2000 projets par mois dont 70% seront acceptés. Les refus sont des « projets complètement à côté de la plaque », d'où la nécessité de présenter quelque chose un minimum construit et riche. Il y a une nette différence entre un jeu finalisé et un autre qui a besoin d'une aide conséquente. Dans le second cas, un manager suit de près les démarches du demandeur pour lui apporter toute son aide dans le but de réussir (business plan, auprès de qui communiquer etc.). Par contre, aucun critère sur le type de jeu et ses détails n'est demandé.

Autre point très important à souligner : la communauté numérique. Afin d'éviter tous risques et ainsi tous fantasmes, il ne suffit pas de venir avec une création ; il faut un plan de communication et un projet solide. Bien entendu, avoir déjà réalisé un jeu auparavant est un plus, mais cela ne fait pas tout. Créer sa communauté en ligne (avoir une page Facebook pour attirer son public le plus tôt possible par exemple) s'avère être l'un des piliers qui va rendre les attentes monétaires plus crédibles. Être présent en ligne certes, mais aussi hors ligne (réaliser des affiches pour aller chercher du monde rapidement etc.).

Mathieu Maire du Poset nous précise qu'Ulule n'est pas juste là pour une aide financière, mais pour accompagner les porteurs de projet : est-ce un besoin qui va couvrir tous les frais, ou est-ce la recherche d'un complément d'argent ? Au-delà de cette recherche budgétaire, la plateforme sera présente pour escorter la démarche, de la question du marché à atteindre jusqu'à la création d'une communauté en ligne (la mise en relation).

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Mathieu Maire du Poset

En ce qui concerne le FAJV, Pauline Augrain insiste sur sa disponibilité, sur le fait de venir la voir ou de la contacter ; les personnes concernées étant souvent dans la crainte de ne pas être prises au sérieux. Prendre rendez-vous est très important dans l'accompagnement et dans la compréhension des « trucs et astuces » ; car connaître le CNC sera le point de départ d'une bonne évaluation du projet.

Vient ensuite cette question : « C'est quoi un jeu vidéo ? ». C'est être en contact avec des professionnels, réaliser des études de marché, se rendre compte des potentialités au niveau de la monétisation, etc. 40% des créations sont aujourd’hui en réalité virtuelle (cinéma et jeu vidéo confondus). Il s'agit d'une opportunité pour le jeu au sens large. L'important ici est de créer un maximum de passerelles, de rencontres entre les gens.

Pour le milieu du jeu vidéo, les aides sont industrielles : seules les entreprises peuvent faire une demande. Plusieurs possibilités sont mises en place :
- lorsqu’il s'agit d'un prototype, il va falloir convaincre un éditeur qui va récupérer les droits sur le jeu et aider à la préproduction en proposant une avance remboursable.
- concernant les jeux indépendants, une aide à la création à la propriété intellectuelle sera proposée avec une obligation de conserver les droits sur le jeu.
Une subvention pouvant aller jusqu'à 200 000 €.

En constituant un catalogue, les indépendants peuvent s'autoéditer, une preuve qui confirme qu'il y a moins de barrières par rapport aux années précédentes.

Qu'il s'agisse d'un petit projet ou d'un plus gros (en général sur PC ou mobile voire multiplateforme, la plupart des jeux se retrouvant par la suite sur Steam), il faut impérativement que le projet soit suffisamment mûr au niveau de son gameplay et de sa qualité (lors des Ping Awards, les jeux qui gagnent sont en général aidés par le CNC) tout en sachant que le jeu vidéo ne s'évalue pas comme le cinéma et l'audiovisuel.

Le CNC est attentif à d'autres composantes comme le nombre de stagiaires travaillant sur le jeu qui peut dans certains cas s'avérer problématique. En général, dès la création du jeu, le premier pas est le crowdfunding, vient ensuite le dépôt du dossier qui sera plus concret. Selon Pauline Augrain, il faut parler à sa communauté, et la première audience efficace reste le bouche à oreille.

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Pauline Augrain

Passons maintenant à Europe Créative (possédant également un bureau à Paris) qui propose une aide locale pour toutes les structures et les sociétés de l'Eurométropole de Strasbourg. D'un point de vue plus large, 33 pays participent à ce programme afin de trouver des solutions pour que le marché européen grandisse.

L'objectif au niveau du contexte européen dans le secteur du jeu vidéo est de mieux faire circuler les créations en mettant en avant l'influence que chaque pays peut apporter aux autres ; avec des formations (le Danemark avec la 3D par exemple), des événements (comme la Paris Games Week), des festivals, et des aides financières. Pour ces dernières, Aurélie Reveillaud nous rappelle qu'il s'agit d'aides présentes uniquement pour les structures, et non pour les individus (cela n'est pas à prendre au sens négatif, car les membres d'Europe Créative mettent aussi un point d'honneur à inviter les porteurs de projet à les rencontrer). Tous les éléments qui vont aider à la finalisation du jeu (avant le test final) représentent un coût très large. C'est pourquoi Europe Créative ne finance que la phase de développement (quels consommateurs viser, quels pays pourraient être intéressés par la vente du jeu, connaître le marché européen et international etc.), une aide pouvant aller de 10 000 à 150 000€.

Les critères principaux exigés se concentrent sur une narration innovante (histoire, personnages, etc.). Les membres d'Europe Créative possèdent une liste de ce qu'ils ne veulent pas soutenir, mais si une société a par exemple un projet de jeu pour les moins de 12 ans, cela représentera un point en plus pour elle. Aurélie Reveillaud précise qu'il faut faire un effort pour aller à des événements spécialisés pour se faire connaître.

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Aurélie Reveillaud

Le marketing et le jeu vidéo

L'année dernière, Frédérick Raynal était présent pour parler de son jeu 2Dark lors d'une conférence sur le survival horror dans le jeu vidéo (retour sur cette conférence). Il avait lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule. Malgré sa notoriété, il n'avait pas assez anticipé le côté marketing. Même si l'on est très connu dans le milieu du jeu vidéo, cet aspect doit être travaillé avec soin (tout en sachant que le marketing prend tellement de place que l'on a beaucoup moins de temps pour se concentrer sur le développement du jeu).

Le financement participatif oblige à se mettre à nu et à présenter les choses correctement pour le grand public. Le principal est de faire avancer le projet tout en générant de l'attractivité (se poser la question de savoir comment s'entourer pour faire dégager un maximum de résultats positifs).

Internet permet désormais l'autopromotion, il y a eu une grande évolution à ce niveau. Cela dit, la fibre de marketeur n'est pas faite pour tout le monde et impose beaucoup de limites à ceux qui n'ont pas cette qualité. C'est à ce moment que les intermédiaires interviennent, et repasser par des éditeurs ou des labels de qualité reprend tout son sens. Plug In Digital en est un parfait exemple au niveau indépendant.

Avec l'émergence et l'évolution des nouvelles technologies et des outils de communication, il est facile de se perdre.

Mais vous l'aurez compris, plusieurs possibilités s'offrent aux porteurs de projet dans l'univers des jeux vidéo : Penser à bien s'entourer, à avoir une bonne visibilité, à construire un dossier riche, à se créer une communauté, à favoriser le bêta-test pour améliorer son jeu, à analyser ce que font les autres pays, à développer un gameplay et une histoire de qualité, etc.

À part du côté des 15-24 ans, il y a encore énormément de personnes qui ne pensent pas que le jeu vidéo est culturel. Nous n'en sommes encore qu'au début de l'histoire, mais les mentalités changeront. Il s'agit d'une question générationnelle, les gens ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas, et cela créé une rupture entre les générations. Le but de tous ces organismes est aussi de faire évoluer les choses, même si cela prendra du temps.


Itv Pauline Augrain